Il y a un moment que tous les professionnels du tourisme connaissent. Une famille arrive, fait le tour du site en vingt minutes, prend deux photos, et repart. Tout s'est bien passé. Personne ne s'est plaint. Et pourtant, il ne s'est rien passé du tout.
C'est exactement là que les formats ludiques changent la donne ! Parce qu'un visiteur qui joue ne regarde plus, il participe. Et un visiteur qui participe se souvient, raconte, partage et revient.
Le hic, c'est qu'entre le prestataire qui vous jure que son format est LE format, et les articles qui parlent de tendances immersives sans jamais oser écrire un chiffre, on avance un peu à tâtons, et c'est toujours un peu compliqué pour les collectivités de se positionner ou de rédiger un cahier des charges..
Nous concevons ce type de dispositifs, et nous formons des professionnels du tourisme sur le sujet. Alors on a rassemblé ici tout ce qu'on raconte en formation : les formats qui existent, ce qu'ils coûtent vraiment, et surtout dans quels cas il vaut mieux passer son chemin. Oui, on va vous déconseiller des choses. C'est plus utile qu'un catalogue.
Cet article passe en revue six formats d'animation ludique pour les sites touristiques : jeu de piste, jeu de société, escape game, visite animée, atelier participatif et dispositif numérique. Pour chacun, ce qu'il apporte, à qui il s'adresse, ce qu'il coûte et dans quels cas il vaut mieux l'écarter.
Pourquoi les formats ludiques progressent
Trois raisons, et aucune n'est une histoire de mode.
Le temps passé sur site est devenu un indicateur. Un visiteur qui reste vingt minutes consomme peu. Un visiteur qui reste deux heures déjeune, achète, revient. Une animation qui structure un parcours transforme un passage en séjour.
Les familles ne choisissent pas comme vous croyez. Entre deux sites, des parents ne comparent pas la richesse patrimoniale. Ils se demandent lequel occupera les enfants. C'est un peu vexant pour un site classé, mais c'est comme ça.
Les territoires se ressemblent. Un château, un sentier, un joli point de vue. Le voisin en a aussi. Un jeu conçu pour votre site, en revanche, il n'y en a qu'un. C'est le seul argument que personne ne peut vous copier.
À cela s'ajoute une réalité budgétaire moins souvent dite : une animation ludique bien conçue s'amortit sur plusieurs saisons, là où une campagne de communication disparaît à la fin de sa diffusion.
Le panorama des formats
Chaque format répond à un besoin différent. Les mélanger, c'est l'erreur numéro un au moment du cadrage, et c'est aussi la plus chère.
Le jeu de piste
Un parcours physique jalonné d'énigmes, sur carnet papier ou application.
Ce qu'il apporte : il fait bouger les gens. C'est le seul format qui envoie vos visiteurs vers ce petit lavoir du XVIIe que personne ne trouve jamais alors qu'il est magnifique.
Public : familles avec enfants de 7 à 12 ans, groupes.
Quand ne pas le choisir : si votre site est concentré sur un espace réduit, ou si le parcours dépend d'une météo qui ferme la saison quatre mois par an.
Le jeu de société
Un jeu physique, aux règles et au matériel conçus autour de votre territoire, de votre histoire ou de votre patrimoine.
Ce qu'il fait bien : il repart avec eux. C'est le seul format qui quitte le site, s'installe sur une table de salon à trois cents kilomètres, et fait parler de vous un dimanche pluvieux deux ans plus tard. En boutique, il vaut largement mieux qu'un porte-clés.
Pour qui : familles, visiteurs qui cherchent un souvenir qui a du sens, comités d'entreprise, offres scolaires.
Quand on vous dit non : si votre besoin est d'animer un moment sur place. Personne n'a jamais déplié un plateau de jeu debout dans un hall d'accueil.
L'escape game
Une salle ou un espace scénarisé, une énigme à résoudre en temps limité, en équipe.
Ce qu'il apporte : l'intensité. C'est le format dont on parle encore au dîner le soir. Et c'est un des rares qui attire vraiment les ados et les jeunes adultes, ce public qu'on n'arrive jamais à faire venir avec une visite guidée.
Public : groupes de 4 à 6, adolescents, jeunes adultes, séminaires d'entreprise.
Quand ne pas le choisir : s'il n'y a personne pour le faire vivre. Un escape game, il faut l'accueillir, le lancer, le remettre en état entre chaque session, dépanner l'équipe qui bloque depuis vingt minutes sur le cadenas. C'est le format le plus exigeant au quotidien, et c'est celui que les cahiers des charges sous-estiment le plus.
La visite animée ou théâtralisée
Un guide, un comédien, un dispositif de médiation qui transforme la visite en récit.
Ce qu'il apporte : rien ne remplace un être humain qui raconte bien. Aucune technologie n'a encore battu ça, et on peut vous dire qu'on a cherché.
Public : tous, avec un vrai pouvoir sur les publics adultes.
Quand ne pas le choisir : si vous n'avez pas la ressource humaine sur la durée. C'est le format le moins cher à créer et le plus cher à faire tourner. L'inverse exact de tous les autres.
L'atelier participatif
Un temps où le visiteur fabrique, teste ou expérimente quelque chose lié au site.
Ce qu'il apporte : la mémoire du geste, et un objet emporté.
Public : familles, scolaires, groupes.
Quand ne pas le choisir : en flux libre. Un atelier demande une inscription, un encadrant et une jauge. Sinon c'est vous qui finissez avec quarante personnes et douze paires de ciseaux.
Le dispositif numérique et immersif
Réalité augmentée, réalité virtuelle, application de visite, projection.
Ce qu'il apporte : il montre ce qui n'existe plus. Reconstituer un bâtiment disparu ou une scène historique, c'est ce que le numérique fait mieux que tout le reste.
Public : variable, avec un effet fort sur les jeunes adultes.
Quand ne pas le choisir : souvent, et on assume. Le numérique est le format qui vieillit le plus vite, qui coûte le plus cher à entretenir, et qui choisit toujours le week-end de la Pentecôte pour tomber en panne. Il vaut le coup quand il apporte quelque chose que rien d'autre ne peut apporter. Pas quand il sert à cocher la case "on est modernes".
Les budgets
C'est la partie que personne n'écrit, et c'est pourtant la première question de tout le monde.
Les fourchettes ci-dessous correspondent à des projets conçus sur mesure, avec un prestataire professionnel, hors solutions clés en main achetées sur catalogue.
| Format | Conception et production | Ce qui fait varier le prix |
|---|---|---|
| Jeu de piste, version papier | 2 500 à 8 000 € | Nombre d'étapes, illustrations originales, bilinguisme |
| Jeu de société | 4 000 à 15 000 € | Complexité des règles, matériel, taille du tirage |
| Escape game | 20 000 à 60 000 € | Scénographie, effets, décors, dispositifs techniques |
| Visite animée | 2 000 à 6 000 € | Écriture, costumes, formation des intervenants |
| Dispositif numérique | 20 000 à 80 000 € | Modélisation, développement, matériel |
Trois précisions importantes.
Ces montants sont des ordres de grandeur, pas des devis. Un même format peut varier du simple au triple selon l'ambition. Ils servent à savoir dans quel ordre de budget se situe une intention, pas à chiffrer un projet.
L'exploitation n'est pas comprise. C'est l'erreur de cadrage la plus coûteuse. Un escape game demande du personnel, de la remise en état, du consommable. Un jeu de société demande des réimpressions. Un dispositif numérique demande de la maintenance et une refonte tous les trois à cinq ans. Comptez systématiquement un budget de fonctionnement annuel, et intégrez-le dès le départ.
Le prototypage et le test se paient. Un jeu qu'on n'a pas fait jouer à de vrais visiteurs avant de le produire est un jeu dont personne ne connaît la difficulté réelle. C'est le poste que les budgets serrés suppriment en premier, et c'est souvent celui qui fait échouer les projets.
Ce qui fait échouer un projet
Nous voyons revenir les mêmes causes, en formation comme dans les cahiers des charges.
Choisir le format avant l'objectif. "On veut un escape game" est une envie, pas un besoin. La vraie question, c'est : qui voulez-vous toucher, et qu'attendez-vous qu'il fasse ? Répondez à ça, et le format s'impose tout seul. Parfois ce n'est pas celui auquel vous pensiez, et c'est très bien.
Ne pas tester. Un dispositif conçu par des gens qui connaissent le sujet par cœur est presque toujours trop dur pour quelqu'un qui découvre. On a tous vu une famille abandonner à l'énigme 3. Faites tester par de vrais visiteurs, avant. Ce n'est pas négociable.
Oublier l'équipe d'accueil. C'est elle qui explique, lance, dépanne et récupère les retours. Un dispositif dont l'accueil ne comprend pas la logique meurt en trois mois, sans bruit. La formation des équipes doit être dans le budget de conception, pas espérée un mardi de novembre entre deux visites.
Ne rien prévoir pour la suite. Un habitant qui a fait le jeu une fois ne le refera pas. Si votre public est local ou fidèle, réfléchissez dès la conception à comment ça évoluera : nouvelles énigmes, saison thématique, extension.
Ne pas se demander combien de temps ça doit durer. Une question toute bête à poser avant de lancer une consultation : ce dispositif doit tenir trois ans ou dix ans ? La réponse change tout, du choix des matériaux au budget.
Comment mesurer les retombées
Un projet qu'on ne mesure pas est un projet qu'on ne pourra pas défendre au moment de renouveler le budget. Quatre indicateurs suffisent.
Le volume. Nombre de participants, taux de remplissage des créneaux, évolution d'une saison à l'autre.
Le temps passé. Pour toutes les activités, en dehors de l'achat de jeu de société, un indicatuer à mesurer sera le temps passé avant et après l'activité. C'est l'indicateur le plus parlant pour un élu, parce qu'il se traduit directement en retombées économiques locales (Visites de sites, achats en boutique d'office de toursime, location de matériel...).
La satisfaction qualitative. Pas seulement une note. Quelques questions ouvertes recueillies à l'accueil valent mieux qu'un formulaire que personne ne remplit.
La captation. Combien de participants sont ensuite passés en boutique, se sont inscrits à une newsletter, ont partagé sur les réseaux. C'est ce qui transforme une animation en outil de relation.
Un conseil de méthode : relevez ces indicateurs avant la mise en place. Sans point de départ, vous n'aurez rien à comparer, et c'est trop souvent ce qui se passe.
Notre position sur ce sujet
Nous avons conçu et produit un jeu de société pour un projet de valorisation territoriale, du concept jusqu'à la fabrication. Vous pouvez découvrir Aux Portes du Duché, un jeu réalisé pour Destination Rennes et les Portes de Bretagne.
Nous avons répondu à des consultations publiques pour la création d'escape games destinés à des sites touristiques, dont une où nous sommes arrivés deuxièmes après audition.
Nous intervenons en formation professionnelle auprès d'acteurs du tourisme comme l'Office du toursime Occitanie, ou l'Office du tourisme Nord, sur la conception et l'évaluation d'animations ludiques de territoire.
Cette double position, prestataire et formateur, est exactement ce qui nous a permis d'écrire cet article. Nous avons vu le sujet depuis l'atelier de production, depuis un dossier de réponse à marché public, et depuis une salle de formation où des professionnels racontent ce qui a marché et ce qui a raté chez eux.
Pour aller plus loin
Si vous préparez un projet d'animation ludique sur votre territoire, la première étape n'est pas de choisir un format. C'est de formuler ce que vous voulez obtenir, de qui, et sur quelle durée.
Nous sommes une agence de communication basée à Bain-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine, et nous accompagnons des sites touristiques, des collectivités et des entreprises sur ce type de dispositifs. Le premier échange est gratuit et sans engagement, et il sert souvent à écarter les fausses bonnes idées avant qu'elles ne coûtent cher.